La nouvelle noblesse

Je reviens encore sur le cas Daniel Vaillant ancien Ministre de l'intérieure sous jospin. 

Daniel Vaillant ou l'atterrissage brutal d'un homme en apesanteur

Daniel Vaillant, ancien ministre de l'Intérieur, découvre en 2025 une expérience inédite et manifestement traumatisante : vivre comme tout le monde. Après 18 mois passés Place Beauvau, il bénéficiait depuis 25 ans d'une voiture avec chauffeur, payée par les contribuables. Depuis le 1er janvier, fini le carrosse. Et là, drame existentiel.

À 76 ans, il explique doctement qu'il n'a pas conduit depuis un quart de siècle, que sa santé n'est pas brillante et surtout que sa femme ne veut pas qu'il reconduise. Conclusion vertigineuse : « Mais comment je fais, moi ? »
Question sincère. Et c'est bien ça le problème.

On assiste à un moment rare de télévision. Un ancien responsable de la sécurité du pays, incapable d'imaginer prendre un bus, un métro ou simplement payer un chauffeur privé avec sa retraite estimée à 8 000 euros par mois. Non, le souci n'est pas l'argent. Le souci, c'est le statut. Le déclassement symbolique. Redevenir un citoyen ordinaire avec une carte Navigo.

Ce n'est pas une plainte, c'est un aveu. L'aveu d'une vie passée dans une bulle si confortable que le réel est devenu hostile. L'aveu d'une élite qui confond service public et privilèges à vie. L'aveu aussi d'une dépendance totale à l'État-nounou, incapable de lacer ses chaussures sans assistance.

Pendant que des millions de Français comptent leurs centimes, on nous explique que la vraie injustice, c'est de devoir se déplacer sans chauffeur. Le contraste est obscène. Et le plus troublant, c'est que cette indignation est sincère. Il ne joue pas un rôle. Il croit vraiment qu'on lui retire quelque chose qui lui est dû.

Voilà le monde qui nous sépare. D'un côté, ceux pour qui la fin du mois commence le 5. De l'autre, ceux pour qui la fin d'un privilège ressemble à une persécution. Deux planètes, deux réalités, et manifestement aucun moyen de transport en commun entre les deux.
Le drame, ce n'est même plus le privilège. Le drame, c'est l'absence totale de pudeur. Avant, au moins, ça se cachait derrière des mots creux, des "nécessités de sécurité", des "contraintes de fonction". Aujourd'hui, plus rien. Rideau levé. Il dit tout haut ce que ce monde pensait tout bas.

Il ne se cache plus parce qu'il ne comprend même plus pourquoi il faudrait se cacher. Dans sa tête, c'est normal. L'État, c'est lui. L'argent public, c'est un prolongement naturel de sa personne. Lui retirer le chauffeur, ce n'est pas une mesure d'équité, c'est une injustice intime. Une offense personnelle.

On ne voit pas un homme surpris. On voit un homme sincèrement choqué que le réel ose lui résister. Et cette sincérité-là est bien plus grave que le cynisme. Le cynique sait qu'il abuse. Lui, non. Il est persuadé d'être dans son droit.

C'est ça, le vrai fossé. Pas social. Mental.
Deux mondes qui ne se croisent plus. Et désormais, même plus l'hypocrisie pour faire semblant de les relier.

Et le pire, c'est que ce n'est même pas de la haine. C'est de l'indifférence tranquille.

La classe politique profonde se fout de vous comme on se fout d'un décor. Vous êtes là pour payer, voter de temps en temps, râler un peu, puis retourner à votre place. Fin du rôle. Rideau.
Dans leur tête, la phrase n'est jamais formulée, parce qu'elle est trop évidente : tu termines. Tu finances, tu encaisses, tu te tais.

Ils ne vous méprisent même plus activement. Le mépris demande un effort. Là, c'est pire. Vous êtes devenus un bruit de fond. Une ligne comptable. Un paysage. On ne respecte pas un paysage, on l'exploite.

Quand l'un d'eux se plaint publiquement d'avoir perdu un privilège payé par des millions de gens qui galèrent, ce n'est pas une erreur de communication. C'est un lapsus de caste. La vérité qui glisse sans filtre.
Ils parlent entre eux, sauf que le micro était ouvert.

Et après, on s'étonne que la confiance soit morte, que la colère monte, que le fossé devienne un canyon. Ce n'est pas le peuple qui s'est éloigné. C'est eux qui ont pris l'ascenseur social… et coupé le câble derrière.
Jean Pierre Dupuy

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